"Mon travail est principalement centré sur les notions de non-lieux au sens géographique et humain. La série qui en découle et qui a pour titre "de nulle part" évoque ces lieux habités par l'homme mais aussi où l'on peut ressentir sa présence. L'exil géographique qui en découle aide à l'exécution de la sensation d'indéfinissables ondulations "des flottements" où paraissent se déployer d'une manière irréversible les existences dans leur transformation. Le fil conducteur de ce travail est de produire des images d'apparence familière qui font ressurgir des situations oubliées. Ces moments d'émotion que l'on croyait avoir perdus sont fixés dans la mémoire du temps. Ce qui m'intéresse parallèlement c'est cette notion de déplacement. Se mouvoir ainsi sans être rassasié provoque chez moi un étrange sentiment de demi-éveil comme si mon existence s'était fixée entre chien et loup. Cette forme d’errance induit le dénuement face aux situations rencontrées.
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Pour tout cela, j'utilise l'appareil photographique : je n'attends pas la belle lumière, le cadrage est approximatif : pas de réglages fastidieux de l'appareil. Cet affranchissement de la technique me permet d'être plus proche de mon propre réel. L'important à mes yeux est de capter cette simplicité sans mélancolie ni exhibition.
Les images de cette série sont des miniatures évoquant ce genre de peintures délicates, ramenant ici l'image à sa plus petite dimension possible. Le rendu obtenu est renforcé par la netteté qui est centralisée. Celle-ci s'estompe en dégradé vers les bords de l'image. Cet "effet" renvoie d'un point de vue physiologique à la vision humaine et provoque de ce fait une concentration, une persistance rétinienne. Les images sont tirées sur un papier pur coton avec une main assez élevée (310 gr) donnant ainsi un rendu à la douceur délicate que ne donne pas l'aspect de surface lisse d'un papier photographique traditionnel." |